L’impossible retour à l’emploi des seniors au chômage

Lu dans notre temps

Par Guillaume Le Nagard le 19 septembre 2019

L’impossible retour à l’emploi des seniors au chômage

Stéréotypes liés à l’âge, défiance des recruteurs... Les seniors au chômage vivent une longue et pénible quête.


L’association "Solidarités Nouvelles face au Chômage" dresse le bilan et trace des pistes dans son rapport annuel.
En quelques années, Claire a enchaîné des emplois d’aide à domicile, d’assistante de vie scolaire, d’hôtesse de caisse, de vendeuse en magasin… N’allez pas lui dire que les seniors seraient moins adaptables que les autres catégories d’âge!
Elle se sent surtout victime d’un de ces stéréotypes bien ancrés dans la tête des recruteurs ou des managers qui les mandatent. "Mon dernier CDD était un contrat de 10 heures", souffle-t-elle. Mais elle ne se décourage pas. À 52 ans, elle n’a guère le choix.
Elle fait partie des chercheurs d’emploi accompagnés par l’association "Solidarités Nouvelles face au Chômage" (SNC) qui publiait jeudi 19 septembre son rapport annuel, portant cette fois sur “Les seniors et l’emploi“.

"Nous l’avons sous-titré "Une situation paradoxale", explique Gilles de Labarre, président de l’association. En effet, les pouvoirs publics et la réforme des retraites incitent les seniors à prolonger une activité, mais ces derniers se retrouvent très vulnérables face au chômage".
• 64% des demandeurs d’emploi de longue durée ont plus de 50 ans
Certes moins touchés encore par le chômage (6,4%) que la moyenne des actifs (8,5%), les seniors viennent en revanche grossir les rangs les chômeurs de longue durée (plus d’un an). C’est le cas de 58% des demandeurs d’emploi de plus de 50 ans, contre 42% des 25-49 ans.
En dix ans, le nombre de chômeurs de longue durée a doublé et 64% sont des seniors.
Gare à ceux qui chutent du train de l’emploi, il est extrêmement difficile d’y remonter! "Il me reste à peu près 10 ans d’activité professionnelle pour avoir ma retraite à taux plein, explique Florence, 56 ans, qui a aussi participé à l’élaboration du rapport. C’est une très grosse angoisse car le temps passe et mon chômage dure; et je ne trouve que des petits boulots qui n’ont souvent rien à voir avec mes compétences".
Outre un prétendu manque d’adaptabilité, les recruteurs pensent que les candidats seniors seraient moins facilement intégrables dans des équipes jeunes, plus difficiles à manager, plus coûteux… (Baromètre A compétence égale 2018).

Mais on ne fait guère plus confiance à ceux qui sont encore en emploi:
"Les ruptures conventionnelles expliquent 25% des fins de CDI pour les salariés à 2 ou 3 ans de l’âge légal de la retraite, contre 16% pour les autres salariés, rappelle Jean-Paul Domergue, l’un des auteurs du rapport.
D’autre part leur taux d’accès à la formation professionnelle est de 39,6% contre 50 à 60% pour les salariés des autres tranches d’âge".
Plusieurs des propositions de SNC rassemblées en fin de rapport visent ainsi à renforcer la sécurisation des parcours professionnels par la formation ; d’autres rappellent l’importance de la prévention de la pénibilité et insistent sur l’organisation du travail et l’intérêt de la retraite progressive.
Une autre série de préconisations vise à favoriser le si difficile retour à l’emploi des chômeurs âgés: notamment la création d’un contrat spécifique assorti d’une aide financière aux employeurs; la mise en relation directe entre le demandeur d’emploi et l’employeur ainsi que la mise en situation en milieu professionnel; l’intégration au bilan social des entreprises d’indicateurs liés à l’emploi de seniors.
Enfin, SNC considère que le cumul emploi-retraite sera rendu nécessaire de plus en plus souvent pour améliorer une pension insuffisante et l’association souhaite que ce dispositif se traduise par l’attribution de nouveaux droits à la retraite, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.
De multiples acteurs ont souligné qu’une réforme des retraites ne pourrait se faire sans une réflexion sérieuse sur l’emploi des seniors. L’heure de la prise de conscience a peut-être sonné. Outre les rapports récents de France Stratégie et du Comité économique social et environnemental (CESE), une mission sénatoriale doit rendre ses conclusions sur le sujet le 25 septembre 2019 prochain. Et pour faire bonne mesure, Matignon a missionné Sophie Bellon, présidente du conseil d'administration de Sodexo sur le maintien dans l’emploi des seniors.
Quant aux DRH, leur association a fait sa rentrée cette semaine en suggérant notamment la mise en place d’un index sur l’emploi des seniors dans les entreprises, sur le modèle de celui imposé pour favoriser l’égalité professionnelle hommes-femmes et qui peut conduire à des sanctions en cas d’insuffisance de résultats.

La Fides a immédiatement ecrit à madame BELLON - Sans réponse à ce jour.
Opposé au principe des quotas, la Fides approuve la porposition d'un index sur l'emploi des seniors!

A propos

Nous sommes des femmes et des hommes de bonne volonté, luttant en Belgique et en France, depuis 2003, contre la discrimination par l'âge dont font l'objet les seniors et pour la liberté de choix de ceux qui désirent continuer à exercer une activité lucrative après 45 ans, sans subir rejets, préjugés, pénalités ni contraintes administratives.

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